Rencontre avec ... Brigitte et Patrick Baronnet - L'Amour de la Terre, un engagement au quotidien.

 

Brigitte et Patrick Baronnet ont environ 10 ans quand ils se rencontrent à Paris pour la première fois, Aujourd'hui âgés de 55 ans, parents de 4 enfants, ils vivent dans une maison en  campagne à côté de Chateaubriant depuis 1976 D'abord promis à une carrière d'enseignant dans l'éducation nationale, finalement ils sortent des chemins conventionnels et décident de vivre en accord avec leur convictions intérieures liées à leur amour et leur respect infinis de la Terre et de ses habitants. Bien plus que de simples moyens naturels pour « vivre au vert », c'est tout un art de vivre quels inventent, un mode de vie nouveau, créatif, remettant au centre du quotidien la responsabilité qui incombe à chacun de protéger la nature et la Vie afin que le futur puisse exister.

 

En 1997, vous avez fait connaître publiquement votre décision de couper définitivement EDF chez vous; votre engagement est vraiment profond pour arriver à manifester de tels actes libres

 

Ne plus être raccordés au réseau nous montre que le soleil et le vent permettent une complète autonomie, assez simple et accessible. On a mis au point et expérimenté un mode de vie crédible, reproductible si possible, et durable, qui permette aux générations futures de vivre. Il y a 30 ans, c'était franchement « à contre-courant » . Quand on a acheté la maison, on a commencé par un chauffe-eau solaire auto-construit, mais pendant 25 ans, le plus important de notre travail était de changer notre mode de vie, plus que de trouver tout de suite des techniques ; ensuite on a pu accueillir les énergies nouvelles ( photo-piles> éolienne, citernes d'eau pluviale).

On utilise 4 fois moins d'électricité et 7 fois moins d'eau que la moyenne des Français ! En 1997 on a décidé de le faire savoir: on s'attendait à 500 personnes et on en a eu 5000 ! Ça a été un tournant dans notre vie, on a été assaillis de contacts et on a organisé des visites , petit à petit j'ai fait des conférences, écrit un livre*, et depuis 7 ans on vit une très forte progression de notre engagement, si bien que j'ai quitté l'éducation nationale. On est donc autonomes financièrement, tout en sachant que pendant 10 ans, on vivait sur un demi salaire à 6, avec simplicité mais plaisir: le sacrifice n'est pas négatif, c'est renoncer à quelque chose pour avoir plus sur un autre plan. Aujourd'hui, on organise des éco-festivals qui ont un grand succès, suivis d'une université d'été où on fait venir des personnes de stature européenne...

 

Par rapport aux sacrifices et aux changements d'habitudes, qu'avez-vous le sentiment d'avoir acquis ?

 

 P. : Une capacité d'affronter l'inconnu sans angoisse, d'oser et de créer en permanence ce qui n'existe pas. Cela m'a apporté beaucoup de savoir-faire, de connaissances, car on apprend à se " libérer du connu .

 

Brigitte: Toute la vie est faite de petits actes, mais l'essentiel est la façon qu'on a de les gérer . à chaque fois, c'est un plus pour l'expérience suivante. Ft puis on n'est pas tout seuls ; si on a vraiment une quête sincère de mener des actes justes, alors le jeu des « hasards » (qui n'en sont pas) se met en route. je crois vraiment à cette chance du débutant, cette « conspiration » pour que tout se passe bien

 

 P. - Par nos sacrifices choisis, on grandi dans la dimension humaine, dans cette certitude de n'être pas uniquement matière. Nous avons décidé de vivre notre vie et non celle de l'énorme conditionnement dans lequel on baigne tous les jours.

 

De par votre Idéal avez-vous été confrontés à la solitude ? Si oui, comment l'avez-vous vécue ?

 

B. . J'ai vécu une période de solitude difficâe quand on est arrivés ici ; sans salaire ni voiture, j'étais coincée en pleine campagne, sans téléphone, avec deux enfants. C'était un MOMENT où je ne voyais pas du tout où j'allais. Ceci dit je crois beaucoup à l'Ange, pour moi Il est toujours avec moi. je nourris ce dialogue intérieur avec lui chaque jour, et je ne suis donc jamais seule.

 

P. . Dès l'instant où on a compris que le développement du monde industriel faisait son nid dans la pauvreté des autres, on s'est interdit à moyen au long terme de baigner dans cette compromission. C'est cet idéal qui nous a amenés à vivre en harmonie avec les hommes et la nature. Néanmoins, il y'a 30 ans, on a vécu une réelle solitude, notamment intellectuelle, car c'était l'expansion de l'agriculture intensive avec les constructions hors-sol ;

Nous avions torts d'avoir raison trop tôt !

Aujourd'hui, beaucoup nous donnent raison, mais ce sont malheureusement des millénaires de travail de la terre mis en l'air, et dont on ne va peut-être pas se remettre ...

On a vécu aussi la solitude avec nos enfants : même s'ils ne nous ont pas posé beaucoup de problèmes d'obéissance, vers 15 ans as ont quand même subi l'influence de la société de consommation. Mais on y a fait face grâce à notre idéal élevé, et surtout parce qu'on l'a mis en oeuvre.

 

Pourquoi, selon vous, l'être humain ne vit-il pas cette solitude ni cette responsabilité au quotidien ?

 

 P. - Tout nous arrive TOUT- CUIT ! Avec l'industrialisation, l'homme a perdu la connexion avec ses besoins de première nécessité, il travaille pour les assouvir, mais il ne fait plus de liens ; le lait vient du frigidaire! Cette rupture de l'homme avec la nature le rend incapable de prendre des responsabilités.

 

B. : Chez nous, grâce a notre sustème d'épuration par les plantes, je peux voir quand je fais une lessive si j'ai mis un produit trop fort, car mes plantes et mes poissons dans le bassin vont mourir: je peux suivre mes actes du début à la fin. Dans notre société, on ne voit ni le début ni la fin de ses actes, donc c'est difficile de se sentir concerné.

 

Comment vous situez-vous par rapport à ceux qu'on appelle: les écologistes ?

 

 P. - Être écologiste pour moi, c'est être Homme de la Terre, Habitant de la Terre ; c'est vivre selon les lois naturelles. On est très loin de cette définition quand on rentre dans un parti politique. Certaines personnes se disent écologistes par convenance , parce qu'ils aiment la nature. Mais combien sont prêt à accepter un changement profonds dans leur mode de vie ? et peu de gens ont saisi à quel point il faut  réinventer le monde! 

je ne vois pas les politiciens, mêmes écologistes, défaire le développement tel qu'il est conçu et opter pour une vie simple.

L'écologie nous demande de considérer que chaque élément dans la nature est relié, intégré et complémentaire avec tous les autres ; et dès l'instant où on détruit un maillon d'une chaîne, on risque de tout perturber. Il s'agit donc de comprendre que le système, le cosmos, notre planète, forment une Unité, et que notre devoir est de préserver l'esprit de cette Unité.

 

La juste évolution serait donc de progresser vers une pensée qui aide nos actes à répondre à cette Unité?

 

P. - Certainement, et ne pas changer son mode de vie, c'est quelque part être criminel vis-à-vis des

générations futures car en dépassant les capacités de régulation  de la planète, on décide délibérément que la planète va mourir. On se fourvoie d'une manière irréversible si on oublie que la Terre est sacrée.

 

B. : Chez nous, pour chaque acte quotidien, on essaie de peser son éco-bilan; des couches pour bébés aux produits qu'on met dans l'eau, tout peut être posé comme un acte symbolique de respect de la Terre qu'on choisit comme notre Mère. Notre Terre n'a pas de prix, et en l'aimant comme notre mère, on la respecte, et ça nous donne un équilibre psychologique. Des enfants élevés dans ce respect ont certes des difficultés comme tous, mais as ont des racines, des vraies bases.

 

Face à votre engagement qui est total avez-vous rencontré des résistances difficiles ?

 

B. Non, parce que c'est un choix donc on le vit avec bonheur. Les gens sont malheureux parce qu'ils n'ont pas choisi leur situation. Notre choix est délibéré, donc on ne peut pas se plaindre!

 

P. Certains nous disent que chez nous c'est du travail de vider les toilettes, de gérer l'énergie etc. Mais on travaille infiniment moins pour se procurer directement nos biens de consommation que de  passer par un salaire .

Nos toilettes ne nous demandent que 10 minutes par semaine ! Combien d'heures de travail  faut-il  payer  pour un  système d'épuration, les taxes mensuelles de toute une vie ? En définitive, la pauvreté, c'est aussi l'absence de temps libre, c'est d'avoir pour paysage les enjoliveurs de voitures et l'oxyde de carbone à respirer. Nous sommes les esclaves des temps modernes avec du confort certes, mais tellement d'inconvénient que nous ferons supporter a nos enfants.

Aujourd'hui c'est 80 personnes qui viennent chaque mois, en plus des 5000 personnes qui sont venues à l'èco-festival, et on sent bien ce besoin de retourner à des choses simples pour pouvoir vivre tous ensemble de manière égale, et que chacun retrouve l'essentiel, c'est-à-dire pourquoi il est venu sur Terre, ce qui fait qu'il est Homme, ce qu'il peut créer et quelle richesse propre il peut partager.

 

Merci infiniment à tous les deux pour cette belle rencontre...,

 

* « De la Maison Autonome à l'économie Solidaire » de Patrick Baronnet. Livre à commander directement à HEOL- La Maison Autonome- Route de Louisfert- 44520 Moisdon La Rivière (adresser un chèque de 18,30 euros, port inclus, libellé à « La Maison Autonome »).

les visites, éco-festivals et stages dans leur Maison Autonome, contacter Brigitte ou Patrick au 02 40 07 63 68.