L'écologie c'est d'abord une pratique,

un mode de vie crédible et reproductible. 

 

 

Extraits de la revue SILENCE ( juillet 2000)

 

 

            … Patrick insiste sur le rôle du corps et de l'engagement : “Notre société vit dans l'illusion de l'intellect et du verbiage. Dire, c'est bien, faire, c'est mieux :

             Faire, inventer, construire, et créer, révèlent nos talents et notre pouvoir. Connaître sa valeur et ses capacités nous libère de la peur et de la soumission. Cela passe par la redécouverte de nos émotions, de nos intuitions, par la rencontre et l'écoute. C’est reprendre le pouvoir sur soi-même et la véritable antidote de ce que nous dénonçons hélas ! trop souvent en paroles :

            si chacun commence à jardiner, l'industrie agroalimentaire perd de son pouvoir,          

            si chacun commence à installer ses photopiles sur son toit, EDF perd de son pouvoir,

            si chacun commence à organiser sa musique, la SACEM perd de son pouvoir,

            si chacun commence à boire l'eau de pluie, Vivandi perd de son pouvoir, etc.

 

            Une démarche cohérente en ville est fortement limitée car la ville ne peut vivre qu'aux dépends de la campagne au niveau de la subsistance. La concentration des personnes permet, certes, de confronter le discours, mais limite la pratique. Celui qui veut agir par l'action et non par la “réaction” est amené, à terme, à envisager de s'installer dans un lieu favorable au développement de son autonomie. La ville est l'émanation d'une volonté de pouvoir . A la campagne on peut mieux  assumer sa cohérence. En ville, tout est fait pour nous rendre dépendant et le pouvoir de l'argent renforce les inégalités. Et pourtant, nous sommes nés à Paris 14e et 15e !

             

 

            Une compréhension profonde de l'écologie nous évite de tomber dans l'écueil de la technique et en particulier du gigantisme. A coté d'énormes éoliennes centralisées, il est important de faire entendre la voix des petites éoliennes qui fonctionnent  bien avec  peu de vent donc presque partout et qui cerrespondent à un type de société à échelle humaine. Faisons très attention à ne pas reproduire avec les éoliennes le même schéma centralisateur d’une économie qui a assis son pouvoir sur ce principe.

 

Non-violence et écologie

 

            Selon Patrick, la non-violence est mal nommée car sa définition est négative :

non violence. Il ne s'agit pas en fait de refuser la violence, mais de transformer la violence de celui qui n'est pas d'accord , en un dialogue positif qui fait évoluer les deux antagonistes.

            Pour lui, qui est enseignant de yoga, toute chose a son côté positif et son côté négatif. Nier ou refouler la violence en soi , c’est rater l’occasion de transformer cette force en action dans un dépassement intérieur.

Dans notre société organisée jusqu'à plus soif, le problème n'est pas la violence. Il est en effet tout à fait étonnant que face aux inégalités, aux privilèges, aux pollutions, aux risques d'anéantissement de la planète, il n'y ait pas plus de violence, plus de “colère”.

      La non- violence devrait cultiver cette précieuse colère qui révèle la conscience d’un désordre révoltant : “ vous avez si peu de colère ” Aragon.

     Elle est nécessaire pour  “ transformer la violence en combativité ”:  Jean- Marie Muller.

 

            La violence c’est le feu destructeur, la combustion instantanée qui décharge, un shoot passager qui nous laisse sur une faim. La non-violence, c’est la fermentation du compost, cette combustion lente qui exige un art, une attention et surtout du temps pour façonner un compost riche pour la récolte.

 

            La maison ou chez-soi , est le lieu privilégié , le lieu à notre portée pour sublimer la colère. C'est à ce niveau là qu'il nous est le plus facile d'agir (même en ville) et c'est à ce niveau-là que l'on peut confronter un discours à une pratique.

            A la différence des autres groupes d'influence, les écologistes sont tenus de témoigner dans leur quotidien pour être crédibles. Le font-ils ? Quand on rentre dans la spirale de la mise en pratique, on n'a plus vraiment le temps de discourir. Mais quelle efficacité !

            Ne plus polluer à la source, moins consommer, c'est manifester, non pas dans la rue, mais chez soi et tous les jours, contre le gaspillage et l'industrie du recyclage qui se nourrit du gaspillage.

 

            Toutes ces pratiques quotidiennes ça, c'est important. Depuis que nous recevons des milliers de gens chez nous, nous sentons mieux cette vague de fond qui n’a pas la fragilité du discours. Si beaucoup de gens s'y mettent, cela créé une nouvelle culture, un nouvel écosystème.

 

            Le résultat, c'est la redécouverte du “small is beautifull” ( ce qui est petit est beau), c'est la possibilité de vivre mieux avec moins ( nous consommons trois fois moins que la moyenne des français bien qu'ayant machine à laver, télévision, ordinateur, etc.). C'est aussi la redécouverte qu'il existe une multitude de solutions que chacun peut adapter à sa situation. C'est sortir de la monoculture de la pensée unique appauvrissante , pour  s'ouvrir sur la biodiversité, source de création.

 

            Nous sommes tous capables de créer le monde dont nous rêvons.